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Les réseaux sociaux

La démocratie et les réseaux sociaux

Après avoir suscité un grand espoir les réseaux sociaux sont devenus des vecteurs de division, de complotisme ou de violence. Cette dérive interpelle tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République.

La circulation de l’information à partir des années 90 a connu des progrès qui étaient totalement inimaginables une vingtaine d’années plus tôt et cela dans tous les domaines.

 Celui du quotidien tout d’abord et de la communication entre les personnes que ce soit dans le cadre de la famille, des amis – les vrais – des affaires et du travail.

On peut le mesurer dans le secteur associatif, notamment dans le nôtre, à tous les niveaux. L’information peut se faire en temps réel avec une communication en direction des familles qui est facilitée.  

 Tout ce qui touche au consumérisme, à l’écologie, au droit d’alerte a largement bénéficié de la révolution numérique.

Les exemples ne manquent pas. En matière de développement de l’esprit critique et citoyen sur les  abus de la société de consommation, le web permet la constitution de comités, de groupes de pression capables d’agir efficacement par la rapidité de circulation de l’information et le mouvement des idées.

 Alors, comment en est-on arrivé à la situation que nous connaissons aujourd’hui  avec des réseaux sociaux  montrés du doigt par tous ceux qui constatent la montée des thèses radicales, l’émergence du complotisme et les atteintes à la démocratie qui en résultent. 

Tenter une explication n’est pas chose facile sauf à considérer que c’est la conjonction de plusieurs facteurs.

Parmi ceux-ci il y a indubitablement la montée en charge des GAFA et des facteurs extérieurs comme le conflit israélo-palestinien, l’attentat de New-York, l’immigration, la recrudescence du terrorisme et aussi des facteurs plus sociétaux touchant à des problèmes d’environnement ou de santé.

Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive …

On assiste au fil des années à un déferlement illustré par le cycle infernal du complotisme et de la radicalité. La conséquence est  la mise en cause des institutions, des politiques, de la presse et aussi de la démocratie suspectée d’être au service de la haute finance et de la mondialisation. Plus grave encore est la résurgence de thèmes aussi scandaleux que l’antisémitisme.

Le sociologue Gérald Bronner a montré à quel point complotisme et radicalité étaient liés selon une dialectique qui est toujours la même.

Quand on croit à un complot cela suscite un sentiment de révolte d’autant plus fort que cette indignation n’est pas partagée par la majorité des citoyens.

Face à ce que l’on considère comme une injustice ou une ignorance, on se sent fondé à mener le « combat de la vérité » et donc à rechercher les solutions les plus radicales, en récusant l’exercice normal de la démocratie, pour préférer les fractions les plus extrémistes de la société.

Et comme cela fonctionne dans les deux sens on peut en déduire que les thèses les plus extrémistes conduisent inévitablement au complotisme.

Et Gérald Bronner de rajouter : « Quand on adhère à une théorie du complot, on finit par adhérer à toutes ».

On imagine aisément combien la vitesse de circulation des idées élimine toute réflexion et fait perdre peu à peu le sens des réalités à des esprits fragiles.

Mais tous ne sont pas fragiles car à côté de la spontanéité apparente de milliers de «suiveurs », consommateurs de sensationnel, on trouve ceux qui « alimentent » avec des intentions bien affirmées.

Et plus on est dans le sensationnel ou le scandaleux et plus les suiveurs se précipitent pour répercuter.

Dans ces faiseurs d’opinion on trouve tous ceux qui trouvent un intérêt à ce que l’information circule et capte dans ses filets le plus de suiveurs possible.

C’est le cas de marchands de rêves, soucieux de promouvoir des médecines alternatives : ils ne sont pas les derniers à susciter la révolte contre la vaccination ou le pass sanitaire.

Cela permet aussi à des groupuscules extrémistes, souvent d’extrême droite, de prôner des thèses complotistes mais aussi négationnistes, racistes ou antisémites comme l’actualité de ces derniers jours l’a montré.

Il y a enfin les vedettes en mal de reconnaissance, caressant l’opinion dans le sens du poil en surfant sur les peurs ou les frustrations, bien à l’abri de leur statut.

 Tout ceci a fait dire au sénateur Malhuret, lors du débat sur le pass sanitaire : « il a fallu 2500 ans pour que l’humanité passe de Socrate sur l’Agora au chanteur Francis Lalanne sur Facebook … »

Mais là aussi, la liste n’est pas exhaustive et des organisations, a priori républicaines, se prêtent malheureusement à ce jeu.

Et pour être complet il faudrait rajouter le rôle des algorithmes.

Délaissant les informations neutres, ils détectent le moindre bouillonnement qui devient viral pour influencer l’écosystème de la pensée. C’est ainsi que l’ordre des articles, des livres, des vidéos sera conditionné par ces algorithmes qui les placeront en tête des sites de recherche.

Tout ceci à « l’insu de notre plein gré ».

On pourrait encore aller plus loin dans le domaine de la manipulation en analysant le phénomène des « fake news ».

Dans les allégations qui sont portées, l’absence de preuve n’est jamais un problème : à défaut d’en disposer on les invente ou on les fabrique. Les ressources de la technique sont considérables soit dans le photomontage soit dans le recyclage de documents anciens souvent sans lien avec ce qu’ils prétendent prouver.

Bref, les promesses nées à la fin du XXème siècle d’un avènement d’un monde plus démocratique, plus transparent, facilitateur de débat et d’interactivité se sont heurtées à une terrible réalité, celle du détournement de l’outil au profit de visées mercantiles ou antidémocratiques.

A la démocratie représentative on oppose une prétendue démocratie directe émanant des adeptes du « moi je »…

Les slogans des opposants au pass sanitaire sont éclairants. La loi votée après 60h de débat et validée par le conseil constitutionnel, est déclarée illégale. Ainsi, par une terrible inversion des valeurs, les manifestants en appellent au combat contre la dictature, pour la liberté, avec de surcroît des références à la Résistance, à la collaboration ou à la haine des juifs qui rappellent les pires moments de notre histoire.

Il ne faut donc pas s’étonner que tout ceci s’accompagne d’une abstention massive qui va en s’aggravant. Certes les réseaux sociaux n’en sont pas les seuls responsables mais ils contribuent à accentuer le désintérêt des citoyens pour le suffrage universel.

Alors, face à la promesse non tenue, il faut bien tenter d’esquisser, bien modestement, quelques pistes à valeur prospective.

Même si le combat est inégal, on peut avancer l’idée d’une législation qui s’inspire de la loi de 1881 sur la presse.

On peut penser notamment à la question de l’anonymat qui autorise toutes les outrances, aux délits comme la diffamation, le racisme, la provocation…

Et puisqu’on parle de presse pourquoi ne pas souhaiter qu’elle retrouve le chemin de l’investigation – la vraie- de la vérification des faits au lieu du rôle de caisse de résonance des divers réseaux sociaux.

L’éducation  est essentielle.

Blanquer et avant lui Vallaud-Belkacem ont pris des initiatives sur l’éducation aux médias, la formation à l’esprit critique et à tout ce qui favorise la compréhension des messages.

Il y a enfin les  associations comme la nôtre et toutes celles de la sphère laïque.

Elles ont longtemps constitué une sorte de 5ème pouvoir, après celui des journalistes, avant de se transformer peu à peu, faute de bénévoles, en groupements d’usagers privilégiant le service rendu….

Même si c’est difficile il nous faut avoir l’ambition d’une réappropriation des outils et des formes de discussions, au service de la citoyenneté et de la République.

Le chemin sera long mais on ne doit pas regarder ailleurs, il est impératif de méditer sur cette réflexion de Burke le philosophe anglais : « La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien… »

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