Qu'en est-il du bilan 2023 de la santé des Français et l'état du secteur médical et medico-social ?
L’Association des Maires de France et des Présidents d’intercommunalités (AMF) et la Mutualité Française viennent de publier le 2eme baromètre, destiné à dresser un bilan et à documenter la réponse aux grands sujets sociaux et de santé qui préoccupent les Français.
Ce panorama aborde la question de l’accès aux soins, de la santé environnementale et de l’action sociale.
Concernant plus particulièrement le volet accès aux soins, l’AMF rappelle que les maires et présidents d’intercommunalités jouent un rôle majeur pour développer, maintenir ou reconstituer une offre de santé et de proximité sur leur territoire.
C’est pourquoi l’AMF plaide pour que les maires soient mieux associés à l’élaboration des politiques de santé à l’échelle nationale et locale. La Mutualité française, quant à elle, rappelle souhaiter voir se généraliser l’exercice regroupé et le partage de compétences entre professionnels, afin de permettre une meilleure articulation du parcours de soins des patients dans le cadre d’une équipe de soins traitante.
L’observatoire de l’AMF et de la Mutualité française reprennent les chiffres de la DREES qui soulignent que l’offre de soins médicale est en baisse et inégalement répartie.
Ainsi, au 1er janvier 2023, on dénombre 99 457 médecins généralistes en activité en France. Leur nombre a diminué de près de 2% entre 2019 (date du précédent baromètre) et 2022, ce qui représente près de 1 900 médecins en activité en moins. Cette diminution, observée depuis la précédente édition du baromètre, s’inscrit dans la tendance à la baisse du nombre de médecins généralistes observée au cours de ces dix dernières années (- 0,2 % par an en moyenne, entre 2012 et 2022).
Les évolutions sont également très contrastées selon les départements :78 départements voient leur densité de médecins généralistes diminuer entre 2019 et 2022. Au cours des dix dernières années, la densité de médecins généralistes a diminué de 9 % au niveau national.
Par ailleurs, d’après les travaux du géographe de la santé Emmanuel Vigneron, l’accessibilité à la présence médicale est six fois plus faible en milieu rural qu’en ville. Au total, il manquerait 6 000 médecins généralistes dans les bassins de vie ruraux par rapport à l’objectif souhaitable d’un praticien pour 1 000 habitants. En France, 87 % de la population vit dans un désert médical, et 6,7 millions de Français n’ont pas de médecin traitant, soit 11 % de la population, dont 714 000 patients sont en affection de longue durée.
Ce développement des déserts médicaux sur le territoire national a pour conséquences l’accroissement des « files d’attente » avant de pouvoir consulter un professionnel, au risque d’une dégradation de l’état médical des patients. Des consultations de base, qui devraient rester « simples », se voient ainsi transférées vers les urgences médicales, menacées par là même d’engorgement.
Les raisons de ce manque de présence médicales sont multiples. En premier lieu, le Numerus Clausus, cette mesure néfaste censée juguler la hausse des dépenses de santé et le fameux « trou de la sécu » en diminuant le nombre de praticiens a eu pour conséquences l’effondrement de la couverture sanitaire et l’apparition des zones de désertification médicale. Cette mesure est maintenant supprimée, mais pour autant cela ne sera pas suffisant pour remonter la pente. Encore faudra-t-il être en situation d’accueillir plus d’étudiants et de les former. Il faut aussi que les vocations soient au rendez-vous, et que les étudiants soient suffisament nombreux à arriver au bout de leur cursus. Aujourd’hui, selon les promotions ce sont entre 5 et 15 % des reçus de première année qui abandonnent avant l’internat. Et mécaniquement, la suppression du Numeris Clausus ne se verra que dans 10 ans, si tant est donc que celà change drastiquement les choses.
D’autant que la médecine en général subit une baisse d’attractivité certaine. Conditions de travail difficiles, salaire limité, manque de moyens… La pandémie qui est passée par là a exacerbé tout cela.
On observe que secteur de la santé et du médico-social est l’un des secteurs les plus pénibles physiquement et psychologiquement, avec pour conséquence un taux d’absentéisme en hausse de 10 points par rapport à 2022. Les femmes y sont surreprésentées (67% des salariés du secteur sont des femmes). Or, de manière générale, dans le monde du travail:
- 44% des femmes salariées se disent en moins bonne santé psychologique (contre 32% des hommes), une situation qui s’est dégradée par rapport à 2022 (40%).
- 55 % des femmes salariées souffrent de troubles psychologiques contre 45% des hommes.
Le secteur de la santé et du médico-social est un secteur dans lequel les salariés se déclarent en moins bonne santé que la moyenne. En effet, 47% d’entre eux jugent leur état de santé physique mauvais (contre 37% tous secteurs confondus), et 45% considèrent avoir un mauvais état de santé psychologique, contre 38% pour l’ensemble des salariés. Les salariés de ce secteur souffrent davantage de fatigue chronique (51% contre 40%), et de troubles du sommeil (37% contre 31%), et parlent même d’« épuisement émotionnel lié au travail », pour 45% d’entre eux (contre 34%).
A ce titre, il faut noter que le secteur de la santé est également celui dans lequel la part des salariés qui se sont vu prescrire un arrêt maladie en 2023 est la plus importante:: 63% contre 50% tous secteurs confondus, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2022.
A côté de ces difficultés et de l’absentisme qui en résulte, la tâche des professionnels de santé reste colossale.
Quelques chiffres:
Le dernier rapport de la DREES en 2022 montrait que statistiquement, l’espérance de vie sans incapacité en France atteint 65,3 ans pour les femmes et 63,8 ans pour les hommes. Au delà de ces âges nous trouvons donc aujourd’hui plus de 21% de la population du pays (source INSEE), population que les professionnels de santé doivent (sont censés pouvoir) prendre en charge. La population de notre pays vieillit, et donc cette situation ne va pas « s’arranger toute seule ».

Les assistants médicaux à domicile pourraient être une solution, du moins partiellement. Mais si cette catégorie professionnelle est très représentée dans certains pays (groupe professionnel le plus important du secteur de la santé aux Etats-Unis tout comme en Allemagne, groupe important aux Pays-Bas), ce n’est pas le cas en France.

Et au delà des personnes âgées, le reste de la population apporte bien entendu son lot à la charge de travail du secteur:
- il y eu 8,8 millions d’arrêts maladie recensés en France en 2022.
- le nombre de passages aux urgences en 2021 s’élevait à 20 360 471.







