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Dark Web

Le Dark Web expliqué simplement

Imaginez qu’Internet soit une métropole. Comme dans n’importe quelle grande ville, tout le monde peut utiliser une carte ou un GPS, mais ne circule pas au même endroit, de la même manière, ni avec les mêmes moyens de locomotion.
Pour comprendre ce qu’est le Dark Web et comment il fonctionne, faisons une petite promenade guidée.

La carte de la ville : Web de surface, Web profond et Dark Web

Si l’on dessinait le plan de cette métropole, on y trouverait trois types d’espaces.

  • Le Web de surface (le Web classique). Ce sont les grands boulevards, les avenues commerçantes et les places publiques. Les vitrines sont ouvertes et chaque bâtiment est répertorié dans le GPS ou dans l’annuaire officiel de la ville. Sur Internet, cet annuaire, ce sont les moteurs de recherche comme Google. C’est là que se trouvent les journaux, Wikipédia ou les boutiques en ligne (ou le site de l’AFL PAU BEARN…)

  • Le Web profond (Deep Web). Ce sont les immeubles dont la porte est verrouillée : appartements privés, bureaux d’entreprises, coffres de banque. Ils existent bel et bien, mais ils ne figurent pas dans le GPS ou l’annuaire, et il faut un badge, une clé ou un mot de passe pour entrer. Il s’agit de vos e-mails, de vos dossiers médicaux ou de votre espace bancaire. Le Web profond représente en fait la très grande majorité de la ville, et il n’a rien de suspect.

  • Le Dark Web. Ce sont des lieux situés au fond de passages intérieurs et de couloirs cachés entre les immeubles. Ils ne sont pas connus du GPS et on n’y arrive pas par hasard en se promenant : il faut emprunter ces passages avec un outil adapté, le plus connu étant le navigateur Tor.

À retenir : Tor est le moyen de transport (les passages secrets). Le Dark Web, ce sont les lieux qu’on ne peut atteindre que par ce moyen. Les deux notions sont souvent confondues, et nous allons voir que cette confusion fausse beaucoup de chiffres.

Comment fonctionne Tor ?

Sur les grands boulevards du Web classique, un observateur posté au coin de la rue, typiquement votre fournisseur d’accès Internet, peut voir d’où vous partez et quelles boutiques vous visitez. Si la boutique est sécurisée (le cadenas « HTTPS » dans le navigateur), il ne voit pas ce que vous y faites, mais il voit où vous allez.

Vous pouvez avoir envie d’être plus discret : remettre un paquet sans que personne ne puisse remonter jusqu’à vous. Tor organise alors un itinéraire à travers trois coursiers bénévoles, appelés relais :

  1. Le relais d’entrée. Il vous voit arriver, mais ignore où vous allez. Il sait seulement à quel deuxième coursier transmettre le paquet.

  2. Le relais intermédiaire. Posté au milieu du réseau, il ne sait ni qui a envoyé le paquet, ni où il va.

  3. Le relais de sortie. Il dépose le paquet à la destination demandée. Il connaît cette destination, mais ignore qui est l’expéditeur d’origine.

Pour que personne n’ait la carte complète du trajet, le paquet est enveloppé dans plusieurs couches de chiffrement, comme un oignon (onion en anglais, d’où le nom du réseau et des adresses en .onion). Chaque coursier retire une seule couche, celle qui lui est destinée.

Une limite importante : le relais de sortie voit le contenu du paquet si le site visité n’est pas sécurisé (pas de HTTPS). Tor protège donc votre identité, pas forcément le contenu de ce que vous envoyez.

Dark Web

Les sites en .onion : les lieux propres au Dark Web

Tor sert donc d’abord à traverser la ville discrètement pour aller sur des sites ordinaires. Mais ce réseau abrite aussi des lieux qui lui sont propres : les sites en .onion, qui constituent le Dark Web proprement dit.

On peut les comparer à des clubs privés ou à des ateliers cachés au fond d’un passage, sans enseigne sur la rue. Leur adresse, une longue suite de caractères illisible, ne se devine pas : il faut la connaître. Elle n’est pas totalement introuvable, car il existe des annuaires et des moteurs de recherche spécialisés comme Ahmia, Torch ou Haystak, mais ils couvrent une petite partie des sites, et certains ne filtrent pas les contenus illégaux. Ils sont moins complets et moins fiables que Google.

Ces lieux fonctionnent différemment. Le visiteur et le gérant de l’atelier envoient chacun leurs coursiers à un point de rendez-vous au milieu des couloirs. Le circuit compte alors six étapes (trois de chaque côté) et il n’y a pas de relais de sortie. Chacun peut communiquer sans jamais révéler l’adresse de son propre local, et personne ne quitte les passages.

Un réseau à double visage

Le Dark Web a des usages très différents.

  • Des usages légitimes, parfois vitaux. Journalistes, lanceurs d’alerte et citoyens vivant sous des régimes autoritaires échangent par ces passages sans risquer la surveillance ou la censure. Des médias et des services connus y tiennent un « comptoir d’accueil » discret, comme la BBC, le New York Times ou Facebook. Certaines rédactions utilisent aussi des boîtes de dépôt anonymes, comme SecureDrop, pour recevoir des documents de sources.

  • Des usages illégaux. Des marchés noirs y installent leurs étals pour vendre des produits interdits (drogues, contrefaçons, données volées, faux documents, logiciels malveillants), en cherchant à échapper aux forces de l’ordre.

Cadre légal : en France, comme dans la plupart des démocraties, utiliser Tor est parfaitement légal. C’est ce que l’on y fait qui peut ne pas l’être : acheter ou vendre des produits illicites reste un délit, que ce soit sur le Dark Web ou ailleurs. Certains pays comme la Chine, l’Iran, la Russie, la Biélorussie, la Corée du Nord bloquent et criminalisent Tor. Certaines techniques de détournement existent (par exemple à base de bridges qui sont des relais d’entrées non listé publiquement, ou de chiffrements spécifiques, ou de volontaires qui font tourner un proxy éphémère, etc etc …). L’efficacité dépend du pays.

Dark Web

Les grands bazars clandestins

Les marchés noirs ont bâti la réputation sulfureuse du Dark Web. Trois noms reviennent souvent, et tous trois ont fini par être démantelés par les autorités.

  • Silk Road (2011-2013) était le pionnier. Il a popularisé le modèle de la boutique en ligne clandestine : vendeurs notés comme sur un site d’enchères, paiement en bitcoins, système de séquestre. Le FBI l’a fermé en 2013 et son fondateur, Ross Ulbricht, a été condamné à la prison à vie en 2015, avant d’être gracié en janvier 2025 par … Donald Trump…

  • AlphaBay (2014-2017) a pris la relève et est devenu la plus grande place de marché de son époque. Une opération conjointe de plusieurs polices l’a fermé en 2017.

  • Hydra (2015-2022) était le géant du monde russophone, avec des millions de clients selon les autorités. La police allemande, aidée des États-Unis, a saisi ses serveurs en 2022.

À chaque fermeture, de nouveaux marchés apparaissent. Ils sont aussi la cible d’arnaques : il arrive que les administrateurs disparaissent avec l’argent des clients.

Les chiffres : une ville sous la ville

Loin des fantasmes d’une cité gigantesque, les chiffres permettent de mesurer la taille réelle de ce réseau. Ces chiffres restent des estimations, qui varient selon les sources et les dates.

Population

Ordre de grandeur

Remarques

Internautes dans le monde

Environ 5,5 à 6 milliards par jour

Utilisateurs d’Internet en général. La grande majorité fréquente le Web de surface et le Web profond.

Utilisateurs de Tor

Environ 2 à 2,5 millions par jour

Moyenne d’utilisateurs simultanés estimée sur une journée, pas un nombre de personnes distinctes.

Dont ceux qui visitent des sites .onion (le Dark Web proprement dit)

Quelques pour cent des utilisateurs de Tor, soit de l’ordre de 100 000 à 150 000 personnes par jour

Estimation grossière : le réseau est conçu pour ne pas permettre de compter précisément.



Quelques repères pour interpréter ces chiffres :

  • Tor n’est pas le Dark Web. Les millions d’utilisateurs de Tor sont, pour l’immense majorité, des gens qui ne visitent que des sites ordinaires en y cherchant plus de confidentialité (éviter le pistage publicitaire, contourner une censure, protéger leur vie privée).

  • Le Dark Web est une fraction infime d’Internet. Il y a des milliers de fois moins de personnes sur le Dark Web que sur le Web classique, mais il n’existe pas de chiffre fiable sur sa taille.

  • Le réseau repose sur des relais. Plusieurs milliers de relais (de l’ordre de 7 000 selon les périodes) sont tenus par des bénévoles, des associations et des universités. Leur nombre exact est consultable en temps réel sur Tor Metrics.

  • Les chiffres par pays (par exemple environ 130 000 utilisateurs quotidiens de Tor en France selon un tableau de Tor Metrics non daté) concernent les utilisateurs de Tor, pas ceux du Dark Web.

Est-on totalement invisible dans ces couloirs ?

Non, l’anonymat n’est jamais absolu.

  • Les erreurs humaines sont la première cause de « démasquage » : donner son vrai nom à un vendeur, se connecter à son compte personnel, réutiliser un pseudo déjà connu, révéler un détail qui permet de vous identifier.

  • Les forces de l’ordre disposent de méthodes efficaces : saisie de serveurs, infiltration de marchés, analyse des transactions en cryptomonnaies (le bitcoin n’est pas anonyme, toutes les transactions sont publiques – voir notre article https://www.afl-pau-bearn.fr/les-cryptomonnaies/), exploitation des failles de configuration.

  • Les protections techniques ont aussi des limites : un site non sécurisé, un navigateur mal configuré ou un logiciel malveillant peuvent suffire à vous identifier.

C’est ainsi que Silk Road, AlphaBay et Hydra ont été fermés, et que de nombreux acheteurs comme vendeurs ont été arrêtés.

En résumé

Le Dark Web n’est pas un univers parallèle. C’est l’ensemble des sites accessibles uniquement par un réseau de passages et de coursiers (Tor), conçu pour protéger la confidentialité des déplacements dans la grande ville d’Internet. Ce réseau sert surtout à naviguer discrètement sur le Web ordinaire, et une petite partie de ses utilisateurs visite les sites cachés en .onion. Ce que l’on y fait dépend des intentions de chacun, mais l’anonymat n’y est ni total ni synonyme d’impunité.

Dark Web

Glossaire

  • Web de surface : partie du Web référencée par les moteurs de recherche.

  • Web profond (Deep Web) : contenus non référencés ou protégés par un accès (e-mails, espaces personnels, intranets).

  • Dark Web : sites accessibles uniquement via un réseau spécialisé comme Tor, par exemple les sites en .onion.

  • Tor : réseau mondial de relais bénévoles et navigateur associé, qui masquent l’origine d’une connexion.

  • Relais : ordinateur qui fait suivre le trafic dans le réseau Tor (entrée, intermédiaire, sortie).

  • .onion : type d’adresse propre au réseau Tor, accessible uniquement avec Tor.

  • HTTPS : protocole qui chiffre la connexion entre votre navigateur et un site (le cadenas dans la barre d’adresse).

  • Cryptomonnaie : monnaie numérique comme le bitcoin. Ses transactions sont en général publiques et traçables.

Sources et pour aller plus loin

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